En ce contexte d'élections importantes en France (les présidentielles suivies des législatives), je suis forcée de relever une tendance qui m'agresse les oreilles à chaque discussion politique et fréquemment à la lecture d'articles.
Il est indéniable qu'en France, la sphère politique reste majoritairement masculine. Depuis que j'ai commencé à m'intéresser à la politique – à l'adolescence, pendant l'élection présidentielle de 1995 – jusqu'à nos jours, les gouvernements, ministères, l'assemblée, les interventions, les discours, les débats... sont majoritairement présidés par des hommes d'âge mûr en costume sérieux et soigné. Les femmes qui se fraient un passage dans cet univers à la force du poignet font figure d'exception, non de représentation du sexe féminin.
Si elles ont réussi à se hisser à ce niveau, c'est qu'elles sont autant, si ce n'est plus, compétentes que leurs homologues masculins. Et pourtant, elles ne jouissent pas de la même représentation auprès des médias ou après du public ; leur qualité de femme les place dans une catégorie à part, qui se manifeste de deux façons principales : la manière dont on parle d'elles, et l'importance accordée à leur physique et surtout à leur allure.
Aujourd'hui, c'est cette première différence qui m'intéresse. La façon dont, par le langage, on marque une frontière entre les hommes et les femmes politiques ; la façon dont on les nomme.
Sur la scène politique se sont succédés des Chirac, Jospin, Sarkozy, Mélenchon, Hollande, Besancenot, Hortefeux, Copé, etc. Mais également des femmes : Ségolène, Marine, Martine, Arlette, Rachida, Edith...
Avez-vous déjà remarqué cette tendance ? Avez-vous noté que, sans que – bien entendu – ce soit systématique, si on nomme toujours les hommes politiques par leur nom de famille, on utilise facilement le prénom pour les femmes ? Même celles qu'on nomme par leur nom, il est rare qu'on n'utilise pas également leur prénom : Rama Yade, Christine Boutin, Nathalie Artaud.
La parodie du « J'accuse » d'Emile Zola (qui doit se retourner dans sa tombe) par Frederic Lefebvre à l'occasion de l'affaire Woerth est un parfait exemple de cette tendance. Dans son texte, les hommes politiques, quel que soit leur parti, sont désignés par leur nom de famille ; toutes les femmes par leur prénom. La seule qui a le droit à son nom de famille, c'est Marine Le Pen... Mais « Frédéric » a bien pris soin de mettre ce nom entre parenthèses ! Ah, je pourrais disserter pendant des heures sur cette lamentable utilisation des parenthèses...
Ce qui est fascinant, c'est de constater que ces prénoms sont utilisés dans deux cas de figure : par les militants, et par les détracteurs. L'utilisation par les détracteurs tend évidemment à diminuer la femme politique en la maintenant dans une minorité symbolisée par le prénom : ce sont les enfants qu'on appelle par leur prénom. Appeler les femmes politiques par leur prénom, c'est les infantiliser, c'est leur nier la maturité et les compétences suffisantes pour gouverner.
Dans l'autre cas de figure, l'utilisation du prénom crée une proximité factice avec la femme politique qu'on soutient. Ce qui est intéressant, c'est qu'on n'utilise pas – ou très peu – ce procédé avec les hommes politiques : la sphère de l'intime, du relationnel, de la proximité est réservée aux femmes. Quel que soit le niveau de pouvoir que ces femmes aient atteint.
Dans les deux cas, l'utilisation du prénom marque une séparation nette entre les femmes et les hommes politiques et différencie la façon dont on les considère. Consciemment ou non : j'ai souvent entendu des féministes utiliser ce prénom pour parler de femmes politiques, sans y prendre garde.
Les mots ont une importance, les mots ont un sens, comme je l'ai déjà soutenu lors de la campagne « Mademoiselle : la case en trop ». Même – surtout – ceux qu'on utilise inconsciemment, par habitude. Alors faisons attention aux mots qu'on utilise ; accordons le même respect, le même traitement aux femmes et aux hommes politiques, en commençant par la façon dont on les nomme.
Ce serait un premier pas vers un univers politique moins masculin ou, du moins, moins violent envers les femmes qui s'y risquent.
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